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The Twin Nikolaï
- Chapitre 7 -
(Fanfic par jesuislenain)
Sur un champ de bataille les sentiments sont un luxe qu’un soldat ne peut se permettre.
On entendit des pas rapprochés, des ordres murmurés, puis plus rien. Ce fut le silence pendant une interminable minute durant laquelle j’eus tout le temps de réfléchir. Ils savaient que nous étions ici, nous les intrus, avec leurs scientifiques. Ils allaient attaquer, on ne pouvait donc pas compter sur l’effet de surprise qui nous avait permis de nous en sortir jusque là. Mais allaient-ils risquer la vie de leurs chercheurs ? Selon eux, ils étaient devenus inutiles et représentaient même une menace. Il était donc possible qu’ils se battraient sans aucune retenue.
Ils commencèrent en tirant à travers la porte. Les balles fauchèrent tout ce qui se trouvait sur les bureaux alentours : ordinateurs, classeurs, écrans… Mais Scott se trouvait hors de leur champ et je me tenais couché derrière les bureaux devant les battants, ce qui rendait inutile leurs tirs de sommation. Après avoir vidé leur premier chargeur dans le vide le silence revint. Je me levais pour regarder si l’ennemi n’entrait pas mais rapidement par le bruit d’un rebond métallique sur le carrelage se fit entendre. Des grenades ! Ils les avaient jetées au travers des vitres brisées ! J’eus à peine le temps de me jeter à terre que leur déflagration retentit. Le souffle de l’explosion, les flammes, le bruit assourdissant, tout cela fut si violent que je n’entendis plus rien. Mais je m’estimais heureux de n’avoir pas été blessé par une grenade à fragmentation qui, au vu des murs incrustés de projectiles, n’avait pas dû exploser bien loin. Je me relevais tant bien que mal et constatais que la porte était grande ouverte, offrant une voie royale à nos assaillants.
Des gerbes de flammes sortaient du M4 de Scott, prouvant qu’il était en vie et en état de combattre. J’épaulais mon fusil et fis feu sur deux silhouettes dans ce qui était il n’y a pas une minute la porte. Je n’entendis pas les détonations de mon arme ni les cris de douleur des hommes que je venais d’abattre, seul subsistait un bourdonnement dans mes oreilles. C’est donc sourd que je poursuivis le combat, ne me fiant qu’à la vue pour repérer et annihiler toute opposition. Lorsque nous descendions un soldat, deux autres venaient le remplacer, se heurtant à notre mur de balles. Alors que les cadavres s’accumulaient Scott se tourna vers moi et hurla quelque chose que je ne compris pas. Il accompagna la parole d’un geste en direction de l’autre porte qui donnait en direction du couloir. Il voulait donc que je dégage une voie de secours pour permettre d’évacuer les lieux. Obéissant à son ordre, je fonçais vers celle-ci qui, alors qu’il ne me restait plus que quelques mètres à parcourir pour l’atteindre, s’ouvrit. Les soldats avaient réussi à l’ouvrir malgré nos précautions et nous avaient encerclés. Je fis feu sur le premier soldat entrant mais aucune douille ne sortit de la culasse. Je n’avais pas entendu le cliquetis significatif du fusil déchargé et pour cause, seul un long sifflement subsistait dans mes oreilles. Sans réfléchir, je fonçais sur l’ennemi et me plaquais à lui pour me protéger des tirs de ses amis. Les sursauts brefs et successifs du corps montrèrent que j’avais bien fait. Je pris mon revolvers et, tout en me protégeant avec le cadavre ensanglanté de l’homme, j’alignais l’assaillant le plus à droite. Il reçut une balle en pleine tête, désintégrant sa boite crânienne. Le second fut tué de deux balles placées dans le thorax. Il cracha du sang tout en s’égosillant avant de s’écrouler, mort. Je jetais la dépouille qui m’avait sauvé la vie et rechargeais mon fusil. A ce moment je sentis une tape dans mon dos et vis Scott s’engager dans le couloir en courant. C’était le signe de la retraite. Je me retournais pour aider les scientifiques mais, malgré mes appels, ils demeurèrent invisibles. Tout en tirant vers la porte défoncée pour me couvrir je partis à leur rencontre, mais une fois arrivé à l’endroit où je les avais laissés je ne pus que constater leur mort. Une grenade avait atterri à quelques mètres de la tête d’un des ingénieurs, rendant impossible toute identification. Les deux autres corps étaient incrustés de bouts métalliques, signature de la grenade à fragmentation. Elle n’avait laissé aucune chance à ces trois hommes, leur imposant la fin salissante et douloureuse qu’ils redoutaient tant. Mon regard se promena sur ces restes lacérés de toute part pour finalement se poser sur le visage de Nina. Je me penchais vers elle pour ne constater que son regard terrorisée même après avoir perdue la vie, ses yeux reflétant une angoisse grandissante. Je pris son badge et regardais sa photo la montrant souriante, pleine d’espoir et de fierté. Je n’avais pas été capable de protéger ses rêves. Elle me faisait confiance pour la ramener chez elle, parmi les siens, et je n’avais même pas été capable de la sortir ne serait-ce que de cette pièce…
Mais sur un champ de bataille les sentiments sont un luxe qu’un soldat ne peut se permettre. Une balle frôla ma joue, me ramenant à la dure réalité. Scott gueulait en ma direction tout en me couvrant : il fallait que je sorte d’ici. Je me levais, regardais une dernière fois vers le corps inerte de Nina puis je courus vers la porte. Les balles fusaient autour de moi mais je ne flanchais pas. Une fois sorti je pris à gauche pour me retrouver devant l’ascenseur que Scott avait fait descendre. Les portes grandes ouvertes n’attendaient que nous pour se refermer mais je restais là, incapable de faire un pas en direction de cette machine qui m’avait déjà…
Scott apparut et me poussa dans l’ascenseur. Une dernière rafale dans le couloir puis on commença l’ascension.
« …tain……ou………a…quo…… »
Je commençais à entendre ce que Scott hurlait mais ce n’était pas encore suffisant pour le comprendre.
« …lo……que………t…u……ve… »
Je lui fis signe d’arrêter en lui montrant mon oreille. Il prit ma tête entre ses mains, regarda ce que j’avais et fouilla son sac. Il en sortit un petit flacon qu’il versa dans mon oreille. Après quelques secondes il me dit :
« Ca va mieux, tu m’entends ?
- Ouais, j’ai pas totalement récupéré mais ça ira, répondis-je non sans mal.
- Je comprends mieux pourquoi t’as fait le con, désolé de t’avoir gueulé dessus.
- C’est rien, il y a plus important. Faut décider de ce qu’on va faire.
- On va à l’entrepôt, on contacte notre hiérarchie respective et on se tire d’ici vite fait. Ca te va ?
- Okay. »
La décision fut prise de s’en remettre à nos chefs et de fuir. Cela peut s’apparenter à de la lâcheté mais après tout, comment un type incapable de commander ses hommes et incapable de mener à bien sa première mission pouvait-il prendre de bonnes décisions ? Et les scientifiques morts, notre présence ici se révélait inutile.
Les portes s’ouvrirent, dévoilant le même couloir crasseux que nous avions parcouru précédemment, à la différence qu’une sirène retentissait, accentuée par l’écho. On était grillés. Ca n’allait pas nous faciliter la tâche, faudrait vite évacuer avant de se faire choper. Après avoir erré à travers le bâtiment, nous pûmes enfin trouver une porte donnant sur l’extérieur. A ce moment là une forte déflagration se fit entendre et le sol trembla. Sans vouloir comprendre ce qui se passait, nous l’ouvrîmes pour sortir.
Le spectacle qui s’offrait à nos yeux était digne d’être appelé le jugement dernier. Tout autour de nous n’était que flammes et ruines. Des hommes couraient dans tout les sens, paniqués. Les blessés hurlaient de douleur, au côté des morts. Des explosions retentissaient de toutes parts, répondant aux tirs de DCA antiaériennes. Car il s’agissait là d’un bombardement. Des F-15 et F-16 sillonnaient le ciel à la recherche de cible pour les annihiler, transformant toute forme de vie en boule de chair incandescente. Toute la partie Sud de la base était en cendres, et le Nord n’allait pas tarder à connaître le même sort.
Une bombe tomba sur le toit du bâtiment où nous nous trouvions, mais curieusement rien ne se passa. Ce ne fut que trois secondes après l’impact qu’elle libéra son lot de désolation, mais l’explosion ne se produisit que plusieurs mètres sous nos pieds. C’était donc ça, ils utilisaient des bombes ’’bunker buster’’ à charge pénétrante pour détruire les installations souterraines. Mais comment étaient-ils au courant ?
Le temps nous manquait et nous ne pouvions divaguer plus longtemps. On se dirigeait vers l’entrepôt Nord le plus proche afin de trouver une radio et, avec un peu de chance, un véhicule. Fort heureusement le bâtiment n’avait subi aucun dommage, les avions préféraient détruire en priorité les laboratoires et les DCA. Une porte nous barrait le passage, je sortis donc ma carte magnétique pour l’ouvrir, mais rien ne se passa : elle resta désespérément close. Je regardais plus précisément celle-ci et remarquais qu’il y était écrit ’’Access to storage SN02 authorised person LV3 only’’. Ma carte n’était que de niveau deux, on ne pouvait donc pas passer. Et il nous était impossible de trouver une nouvelle carte dans ce bordel.
Les F-15 étaient équipés de bombes intelligentes, guidées par un laser qui identifiait et accrochait la cible. Le pilote n’avait donc qu’à aligner un point repéré précédemment grâce à des photos satellites pour larguer son missile, et le laisser faire. Le pilote Ryan n’avait plus qu’un seul objectif à détruire, une DCA placée au Nord West de la base, proche d’un bâtiment mal camouflé. Celle-ci n’avait pas servi durant le bombardement, il l’avait donc gardée pour la fin. Lorsque son ordinateur de visée confirma que la cible était enregistrée par la bombe, il la lâcha, heureux d’avoir accompli sa mission et de pouvoir rentrer au bercail. Mais il ne vit pas qu’au moment où il avait tiré son missile, un soldat utilisait l’arme antiaérienne pour le descendre. Les balles touchèrent son aile droite, provoquant l’explosion de ses réservoirs d’essence. Il ne pouvait plus contrôler sa trajectoire ni sa vitesse. Alors qu’il essuyait encore des tirs, son avion piqua et le cockpit fut criblé de balles, le tuant sur place. Au moins sa bombe avait pulvérisé celui qui avait réduit à néant ses espoirs de promotion.
La DCA placée non loin de nous fit feu pour exploser quelques secondes plus tard. Le pauvre soldat qui venait de s’en servir, s’il n’avait pas voulu jouer les héros il ne serait pas mort. Scott remarqua qu’un F-15 était touché et se dirigeait dans notre direction, apparemment le pilote n’arrivait pas à maîtriser son appareil, et celui-ci continuait donc sa trajectoire en diminuant d’altitude. Il vint s’écraser à l’arrière de l’entrepôt, provoquant des ondes de choc à travers tout le bâtiment. Scott m’entraîna vers le lieu du crash pour constater que le F-15 avait percuté le mur de plein fouet, laissant apparaître un trou béant.
C’était notre chance.
jesuislenain
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