Metal Gear Solid : Spider's Web
Par knilten


Chapitre 1

Le secret est sans nul doute l'une des pires inventions humaines. Cela peut sembler paradoxal, mais c'est aussi l'une des choses qui caractérisent le mieux notre espèce. Notre société est ainsi faite. Gouvernés par les puissants qui énoncent les règles d'un jeu auquel nous sommes forcés de jouer, nous arborons fièrement le masque d'une humeur calculée et l'assurance illusoire de contrôler nos destins. Ainsi les secrets de chacun participent à l'élaboration de la réalité dans laquelle nous vivons, conventionnelle et hypocrite. Mais n'est-ce pas là la seule et vraie vérité ? Le monde semble jour après jour être ce qu'il n'est pas. L'homme qui en prendra conscience aura alors un immense pouvoir, celui de distinguer le faux du vrai. Certains hommes y sont parvenu et s'emploient à ouvrir les yeux des autres encore endormis. Des hommes comme moi, comme Hal Emmerich. Des hommes comme Solid Snake.

Avant son arrivée dans ma vie, je n'étais qu'un animal. Une bête de somme comme tous les autres, l'un des innombrables rouages d'une société qui nous abuse. En bon jeune consommateur, l'une de mes premières passions fut le jeu vidéo. J'achetai un jour un jeu passionnant : Metal Gear Solid. Un scénario intense et envoûtant, une expérience de jeu unique, sublimée par une suite grandiose, que je m'empressai d'acheter. Je pris ce jeu très au sérieux. Les idées distillées par l'auteur, Hideo Kojima, étaient pertinentes et traitées avec une étonnante justesse. La question de la censure du deuxième épisode était toute à la fois intéressante et inquiétante. Je pris conscience, en réfléchissant à tout cela, qu'il fallait bien se garder de prendre la réalité pour argent comptant. Un homme sensé se devait de rester toujours critique par rapport à la réalité. Fort de ces belles idées et d'un tout nouveau bon sens, je décidai de donner désormais une part importante dans ma conduite à ces idées qui avaient changé ma vision des choses.

Fasciné par l'informatique et par l'outil fantastique qu'est l'Internet, je décidai un jour de fabriquer un site ayant pour thème les épisodes de cette fiction. Mon but était de construire une véritable plate-forme de discussion et d'échange sur les théories de Mr Kojima. Son succès fut rapide, sa croissance aussi. Après quelques mois, j'étais à la tête du meilleur site francophone, grâce à l'aide précieuse que me fournirent de nouveaux camarades, qui avaient rejoint l'aventure.

Grisé par le succès, le futur m'apparaissait sous les meilleurs auspices. Lorsqu'un jour, je reçus un email étrange. L'objet était le suivant :

"We need you."

Il n'y avait pas un seul mot dans le message. Seulement un numéro : "09274597314112". Intrigué, je m'empressai de regarder le nom de l'expéditeur : "philanthropy@trust--no--1.com". Le mot philanthropy a bien évidemment produit un certain écho en moi. Il s'agissait de l'organisation anti Metal Gear dont faisaient partie Solid Snake et Otacon dans le deuxième épisode de ma série favorite. Cette idée me fit sourire, toutefois je me fiai alors à ma première impression : à bas le Spam ! Je mis ce courrier dans la corbeille et continuai mon petit bonhomme de chemin. L'adresse de l'expéditeur d'un email est si aisée à contrefaire, en langage PHP par exemple, qu'il ne sert quasiment plus à rien de se fier à cette information. J'oubliai très vite ce curieux message. Mais le lendemain, j'en reçus un autre identique au précédent, mis à part le fait qu'à la place de l'objet original était inscrit le mot suivant :

"Hurry."

Agacé cette fois-ci, mis en colère par cet odieux personnage qui polluait ma boîte, je me résolus à faire quelques recherches sur le Web pour vérifier si j'étais un cas isolé. Les mots-clefs "philanthropy", "trust no 1", "We need you" et variantes ne donnèrent rien de bien concluant. Il restait l'adresse de l'expéditeur, "philanthropy@trust--no--1.com". Si cette adresse était utilisée, cela signifiait que le domaine "trust--no--1.com" devait bel et bien exister. Cela peut sembler maigre comme indice de départ, mais les banques de données concernant les noms de domaines sont publiques et contiennent parfois des infos intéressantes. Pour le domaine en question, il n'y avait que peu de choses à se mettre sous la dent : seulement le nom du dépositaire, un certain Michael Mehr. Une rapide visite sur le site m'apprit que celui-ci ne comprenait pas de page d'index, ce qui le rendait inaccessible à toute personne qui ne connaissait pas d'adresse de page précise. En effet, sans liens hypertextes, il est impossible de naviguer sur un site Internet, les informations des dossiers étant souvent, comme ici, masquées pour le client. A moins de les deviner, j'étais coincé. Il restait tout de même que le nom avait pour moi une sonorité particulière… C'était comme s'il resurgissait des tréfonds d'une vie antérieure. Il ne m'évoquait rien de spécial, juste une curieuse impression de déjà vu.

J'eus le sommeil agité cette nuit-là. Je rêvai d'une sorte de sphère brillante, un genre de cocon dans lequel j'étais enfermé, complètement nu. Je voulus en sortir mais une voix fantomatique que je ne connaissais pas me murmura dans un souffle que je n'avais rien à craindre. Que j'étais en sécurité. Sur la surface intérieure passaient des reflets irisés, qui formaient des images évanescentes. Des objets. Des visages. Puis la silhouette d'un homme se matérialisa à l'image. Il me semblait le connaître, dans mon rêve du moins. Puis il parla.

"The world needs you knilten. Don't give up."

Réveillé par la pluie au dehors, je tournai la tête pour regarder l'heure. Trois heures et demie du matin. Génial. Mon lit était trempé de sueur, je fus rapidement frigorifié. Mal à l'aise, je me levai et m'approchai de la fenêtre. J'entrouvris les rideaux puis regardai distraitement le spectacle de la pluie qui tombait à grosses gouttes, en essayant de me remémorer mon étrange rêve. Il ne m'en restait déjà plus grand-chose, mais je me souvins de la silhouette et de cette voix qui s'était adressée à moi. Cette voix, je la connaissais, je la connaissais même très bien, et pour cause, c'était celle de Solid Snake ! Ce n'était pourtant ni vraiment son visage, ni vraiment sa voix. Mais c'était lui, sans aucun doute. Le ton qu'il avait employé, sa posture… Du moins dans mon rêve, c'était bien lui. "Le cerveau est vraiment une machine étonnante", pensai-je. "S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer !" Je m'amusai de ce constat durant un court instant, puis soudain, j'eus comme un flash, une intuition. Je me précipitai sur mon ordinateur, et cherchai à nouveau le nom du dépositaire du nom de domaine "trust--no--1.com".

Michael Mehr. Je me levai d'un bond en me frappant le front de la paume de ma main. Voilà pourquoi il me semblait familier ! C'était tout simplement un anagramme de Hal Emmerich !

Je suis en train de devenir barjo, pensai-je. Je dois trop jouer, je vois du MGS partout… L'excitation de ces derniers instants avait eu raison de mon fragile sommeil. Il était inutile de me recoucher, je savais bien que ma nuit était terminée. Jetant mon tee-shirt trempé sur le sol, je me dirigeai vers la salle de bain. La lumière allumée, je me passai la main dans les cheveux en me regardant droit dans les yeux. Je restai là longtemps à me poser des questions sur ma vie, sur le site, sur la façon dont ces histoires, à travers le site, étaient en train de remplir mon existence. Trop c'est trop, pensai-je. Si je continue je vais faire une overdose de serpent… Il est temps que je prenne ma retraite. Adossé au mur, face au miroir, je commençai à respirer plus régulièrement. Je fermai les yeux et me laissai glisser doucement le long de la paroi, jusqu'au sol. Posant mon front sur mes bras croisés, j'essayai de ne plus penser à rien.

Il faisait froid. J'avais mal. J'avais l'impression qu'un fort courant électrique me traversait le corps. Je criais, mais ne parvenais pas à émettre le moindre son. Un Asiatique qu'il me semblait connaître apparut sur la paroi. Il s'agitait dans tous les sens. Il criait. Derrière lui, un scientifique en blouse blanche s'affairait sur un clavier d'ordinateur et lui criait à son tour des choses que je n'entendais pas. Ce dernier se retourna et j'aperçus son visage. Il portait des lunettes qu'il remonta d'un tic nerveux, lorsque l'autre lui aboya au visage en faisant des moulinets avec les bras. Puis la douleur cessa. Un bruit strident se fit entendre.

Je venais de recevoir un email, l'alerte sonore m'avait réveillé. Je m'étais endormi, finalement. Je me levai avec peine, et me dirigeai vers mon ordinateur, tout en maudissant ces rêves idiots, qui me faisaient voir Hideo Kojima et Otacon en train de se crêper le chignon. Ridicule !

C'était encore un message de "Mr Philanthropy" :

"Call us."

Epuisé moralement et physiquement par cette nuit qui commençait à se faire longue, je me laissai tomber sur mon fauteuil et fixai le message d'un air dubitatif. Puis soudain, d'un geste agacé je me saisis du téléphone et commençai à taper le numéro que j'avais reçu dans le premier email. Avant d'avoir terminé, je raccrochai en m'exclamant : "S'ils croient que je vais appeler de chez moi et leur donner mon numéro ils se trompent !" Je me levai et empoignai mon manteau duquel je recouvris ma peau nue. Je sortis de l'appartement après avoir noté le numéro sur un morceau de papier, puis de la résidence, et entrai dans la cabine téléphonique la plus proche. Sur le chemin j'avais croisé un clochard qui déambulait sur le trottoir, et qui ne s'étonna pas vraiment de voir un jeune énergumène vêtu seulement d'un caleçon et d'un lourd manteau à demi fermé. Après avoir introduit une pièce, je composai le numéro. J'attendis assez longtemps. Il se produit une succession de petits clics, des bruits de signal brouillé, puis le silence se fit. C'est seulement quelques secondes plus tard que j'entendis une voix grave masquée s'adresser à moi.

-Who are the patriots ?
-Euh… Quoi ? What ?

Il raccrocha. Merde. J'avais été triplement surpris, d'abord qu'on s'adresse à moi en langue anglaise, puis par le fait qu'on me pose une question, puis par la question elle-même. Encore du MGS. J'avais l'impression de devenir cinglé ! Tant pis. Maintenant que j'y étais, autant m'amuser ! Je composai à nouveau le numéro, et me préparai à parler en anglais.

-Who are the patriots ?
-la-li-lu-le-lo.
-Who are you ?
-I am… knilten..."

La discussion se poursuivit en anglais. Toutefois, je rapporterai désormais toutes les conversations en français, par souci pour vous, lecteurs.

"Nous avons besoin de vous. Le sort du monde en dépend, dit-il d'une voix assurée.
-Rien que ça ! m'exclamai-je.
-Nous ne pouvons rester au téléphone très longtemps. Dans quelques secondes nous devrons raccrocher.
-Qu'est-ce que vous voulez ?
-Vous rencontrer. Pour parler de votre mission.
-Ma mission ? demandai-je l'air faussement surpris. Qu'est-ce que c'est que cette histoire !
-Vous le saurez bien assez tôt. Notre meilleur agent sera chez vous demain soir. Attendez près de la cabine où vous vous trouvez actuellement.
-Et si je refuse ?
-Vous viendrez.
Il raccrocha. J'en fis autant : d'un geste lent, je reposai le combiné, en tremblant. Mais… Quelle était donc cette étrange histoire ? Un canular ? Qui se donnerait autant de peine pour me tromper, moi, "knilten", simple quidam parmi tant d'autres ? Non ce n'était pas un canular… Il devait s'agir d'un moyen de piquer ma curiosité pour au final m'extorquer de l'argent. Je n'irai pas à ce rendez-vous. Ils peuvent toujours courir.

Cette histoire me trotta dans la tête toute la journée du lendemain. Mon bon sens me criait de ne pas y aller. Cependant il me criait aussi que ces gens-là semblaient en savoir beaucoup à mon sujet. Qui étaient-ils ? Je sentais là-dessous plus qu'une simple escroquerie. Justement. Il me fallait avant tout être prudent. Si ce n'était pas une banale affaire d'argent, alors je devais m'en méfier encore davantage. Cette fois j'y étais fermement résolu, je n'allais pas sortir de chez moi ce soir là.

22 heures. Les mains posées sur la rampe de mon balcon, je respire l'air frais du soir. Là d'où je suis je vois presque la cabine d'où j'ai téléphoné la veille, et je jette périodiquement dans cette direction un regard nerveux.
"Oh et puis zut ! La meilleure défense, c'est l'attaque !" J'empoignai mon manteau et sortis comme une furie de mon appartement. Le long de la route je me racontai des histoires. Je faisais en sorte de rationaliser cette décision, de la justifier par le bon sens : "il vaut mieux en avoir le cœur net, question de sécurité, je vais leur montrer qu'ils ne m'impressionnent pas !" Tout ça pour me cacher à moi-même la vraie raison : je mourais d'envie de vivre ce genre de choses, j'étais littéralement rongé de curiosité depuis la veille. Que ce genre d'histoire puisse m'arriver à moi était en train de donner un sens nouveau à une vie qui avait été somme toute bien morne jusque là. J'arrivai près de la cabine le souffle court. Cette petite marche et toute mon excitation avaient quelque peu épuisé mes réserves d'oxygène, et je dus m'asseoir pour récupérer. Puis les secondes devinrent des minutes, des dizaines de minutes, et il fut bien vite 23 heures. J'attendis encore. Aux environs de 23h30, regardant l'heure à ma montre, je me décidai à attendre encore un quart d'heure. Si avant minuit moins le quart personne ne se montrait, j'irais me coucher et oublier cette stupide histoire. L'excitation se transforma alors bien vite en un ennui profond, et je me mis à bailler de plus en plus souvent. A 23h40, je me levai, regardant alentour. "Ca suffit" pensai-je. A peine avais-je esquissé le premier geste de mon départ qu'une voix suave se fit entendre, me faisant sursauter comme jamais.
-Eh bien, petit, tu ne vas quand même pas me poser un lapin ?


Ainsi s'achève le premier chapitre ! N'hésitez pas à laisser un commentaire en cliquant sur le lien ci-dessous :)

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